Publié le 24.06.2021 | Texte: Paul Hyvernat

Jacques Moeschal (1913-2004) occupe une place à part entière dans le paysage artistique belge : très peu connu du grand public, nombreux sont ceux qui côtoient son œuvre au quotidien. L’exposition actuellement consacrée à Jacques Moeschal à Bozar est l’occasion de revenir sur le parcours de cette figure de la sculpture belge, pionnier international dans le développement et l’intégration de sculptures en béton de tailles architecturales le long des autoroutes.

Un « artiste architecte »

Né à Uccle en 1913, Jacques Moeschal reçu une formation d’architecte avant d’étudier la sculpture à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Progressivement considéré comme un « artiste architecte », sa pratique de l’architecture s’est développée parallèlement à sa carrière de sculpteur.

En 1946, il est engagé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles où il enseignera la sculpture aux architectes et aux sculpteurs jusqu’en 1979. Par sa participation à l’exposition universelle de 1958 avec le pavillon du génie civil, Moeschal se révèle au grand public, il est impliqué dans plusieurs pavillons belges à l’étranger développant une carrière internationale. Dès la fin des années 1950, il commence à réaliser une vaste collection de sculptures publiques en Belgique et en particulier pour la ville de Bruxelles. Entre les années 1960 et 1970, il développe sa série de signales autoroutiers en Belgique et à l’international (Mexique, Israël).

Possédant une sensibilité spatiale innée et une maîtrise parfaite de la perspective, Moeschal a su, tout au long de sa vie, adapter et transposer des éléments propres à la pratique architecturale au domaine de la sculpture. Sa fascination pour les matériaux et techniques contemporains ; l’aspect géométrique, abstrait et monumental de son œuvre ainsi que sa façon de travailler – par l’utilisation de modèles réduits et de perspectives urbaines précises – sont indissociables de sa formation et de son approche architecturale.

Contrairement à ses sculptures, l’œuvre architecturale de Jacques Moeschal est restée privée : il est surtout connu pour la Villa De Keignaert près d’Ostende, ayant acquise une certaine notoriété.

Philosophie de l’autoroute

Toutes les réalisations de Jacques Moeschal traduisent un soucis de meubler l’espace des grands axes routiers et d’apporter à l’homme le réconfort d’une présence artistique. Ces Signaux – véritables fusions entre l’abstraction géométrique et le symbolisme – ont pour objectif d’incorporer la sculpture à intervalles réguliers le long des autoroutes, comme véritables marqueurs symboliques et esthétiques. Afin de rompre la monotonie des paysages le long des autoroutes, il aura toujours pour soucis de réaliser un art public accessible à tous, de transformer la route en espace public et communautaire de la modernité.

Un aspect fondamental de la pensée et du travail de l’artiste-architecte réside dans la culture automobile. Dans les années 1960, dans son texte Routes des hommes, la voiture est associée au progrès, à l’égalité, à la libération et à la modernité. Accessible à tous et symbole populaire de liberté offerte par l’innovation technologique, la voiture permet à Moeschal de réfléchir à la manière dont ces sculptures sont vues: à travers un pare-brise, une fenêtre et à grande vitesse, de manière furtive. Le sculpture rompt ainsi avec le concept de spectateur immobile, intégrant ses sculptures aux nouveaux espaces de la modernité.

Une sculpture en particulier, peut-être la plus vue de toute: le Signal d’Hensies, enjambant la frontière franco-belge de sa cinquantaine de mètres de haut et symbolisant l’amitié entre les deux pays. Première apparition pour beaucoup de voyageurs, marquant à l’horizon la délimitation entre la France et la Belgique, l’œuvre de Jacques Moeschal est devenue un véritable symbole spatial : l’œuvre est devenue frontière.

L’exposition

L’exposition qui lui est consacrée à BOZAR vise à montrer en détail la vie complète de ses œuvres, de la phase de conception et de construction à la situation actuelle. L’exposition présente des documents d’archives rares, tels que des croquis, des dessins techniques, des maquettes, des photographies, des documents vidéos, ainsi que des images contemporaines.

L’exposition invite des artistes contemporains dont Kasper Akhoj, Barney Kulok et Ann Veronica Janssens à montrer comment l’œuvre de Moeschal est toujours d’actualité. Elle sera également accompagnée d’une publication qui se concentre sur la relation architecture-sculpture dans l’œuvre de Jacques Moeschal. Cette publication vise à remettre sur la carte internationale une figure « oubliée » de l’histoire de l’architecture et de l’art belges.

Grace à cette exposition, en voyageant sur l’autoroute ou en vous promenant à Bruxelles, vous pourrez désormais mettre un nom sur les œuvres de cet artiste qui depuis toujours, vous accompagne au quotidien !

EXPO

Jacques Moeschal
Coproduction BOZAR et Architecture Curating Practice
Commissaire Angelique Campens
Co-commissaire Iwan Strauven et Roxane Le Grelle
Lieu BOZAR Palais des Beaux-Arts, Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles
Date 19 mai 2021 – 21 juillet 2021
Horaires Mardi à dimanche de 10h à 18h
Prix 8€
Plus d’infos bozar.be

OUVRAGE 

Titre Jacques Moeschal
Auteurs Angelique Campens, Francelle Cane, Valéry Didelon, Sophie Lauwers, Roxane Le Grelle, Jacques Moeschal, Iwan Strauven
Rédacteurs en chef Angelique Campens, Roxane Le Grelle, Iwan Strauven
Editeurs Architecture Curating Practice, BOZARBOOKS, Verlag der Buchhandlung Walther und Franz König
Langue anglais
Prix 29,80€

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