Publié le 03.12.2021

Véhicules électriques : un levier de la transition spatiale ?

L’habitude que nous avons prise d’utiliser la voiture pour des déplacements parfois relativement courts impacte lourdement notre milieu de vie. L’essentiel de notre espace public est réservé au transport mécanique. La transition vers les véhicules électriques nous offre une occasion de réaménager cet espace. C’est une opportunité que nous devons saisir immédiatement, tous ensemble… avant de constater une fois de plus qu’il est trop tard.

Chers décideurs politiques,

À présent que nous sommes en pleine crise du climat, le débat sur les causes et les responsabilités paraît un peu dépassé et tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il est urgent de prendre des mesures. Dans ce cadre, le gouvernement flamand mise entre autres sur l’électrification du parc automobile. La Flandre veut qu’à partir de 2029, plus aucune voiture neuve roulant à l’essence ou au diesel ne soit vendue. Cette volonté entraînera-t-elle une réduction de l’utilisation de la voiture individuelle au profit du vélo et des transports publics ? On peut en douter. Par ailleurs, qu’on soit à bord d’un véhicule électrique ou à moteur thermique, il est tout aussi ennuyeux d’être coincé dans un embouteillage. Mais en soi, opter pour des véhicules ne rejetant pas de CO2 est une bonne chose.

Pour réussir la transition, il va falloir installer d’innombrables nouvelles bornes de chargement – on cite le chiffre de 100.000 d’ici 2030. Et cela nous rappelle par la même occasion que la transition vers les véhicules électriques est également une question d’espace.  Comment allons-nous l’organiser ? Allons-nous disséminer les bornes çà et là, pour ne pas déroger à la traditionnelle désorganisation de notre structure spatiale ? Allons-nous les installer à la demande des particuliers afin que chacun dispose d’une borne de chargement à distance de marche ? En d’autres termes, le maillage des bornes va-t-il être déployé à la manière d’un nouvel « intrant », par analogie aux lignes électriques et conduites d’eau ? Allons-nous promouvoir l’installation des points de chargement contre la façade des maisons mitoyennes, et privatiser ainsi définitivement la place de stationnement publique se trouvant devant chaque entrée de maison ? Ou pire encore : allons-nous perpétuer l’habitat linéaire et la minéralisation des jardinets de façade parce que c’est là que doit être garé le véhicule à recharger ? Sera-t-il à l’avenir encore plus difficile d’aménager des zones de promenade propices aux jeux des enfants et à la convivialité entre riverains dans le domaine public, sous prétexte que celui-ci doit rester accessible aux véhicules devant se brancher à une borne de chargement ?

D’autres solutions  sont envisageables. L’électrification du parc automobile peut être un levier de la réorganisation de notre espace et de son utilisation. Elle offre une opportunité de grouper stratégiquement les véhicules individuels et de remettre l’espace public à la disposition des riverains, ainsi que de créer dans les quartiers des villes et des communes un milieu de vie propice à la rencontre. Elle offre une chance de libérer de l’espace pour le verduriser et le désartificialiser. Elle offre une occasion d’introduire la voiture partagée.

Dans le passé, en Flandre, on s’est souvent précipité avec enthousiasme vers de nouvelles évolutions sans toujours en mesurer les conséquences spatiales. Cela s’est traduit par notre légendaire habitat dispersé qui, aujourd’hui, pose problème pour plusieurs raisons : niveau élevé d’artificialisation des sols, manque d’espaces verts dans les zones densément construites, longueur et coût des infrastructures et aménagements, densité du trafic de voitures individuelles, transports publics difficiles à optimiser et absence quasi totale de maillage des zones naturelles.

La transition face à laquelle nous sommes aujourd’hui aura un grand impact sur notre aménagement du territoire. Si nous nous bornons à faire du business as usual en pérennisant la situation actuelle, cette transition se heurtera inévitablement aux objectifs stratégiques – pourtant généralement admis – du plan d’aménagement du territoire en Flandre (Beleidsplan Ruimte Vlaanderen). Si c’est le cas, il sera encore plus difficile de réaliser les « qualités clés du milieu de vie » définies dans ce cadre (utilisation partagée et multiple de l’espace, biodiversité, respect du climat, santé, inclusion sociale, etc.). En revanche, la prise en compte des implications spatiales dès le début de cette transition présente de nombreux avantages. Le passage à un environnement pauvre en CO2 serait alors une occasion d’organiser l’espace de manière durable.

Au-delà d’encadrer la transition vers le véhicule électrique, il incombe aux pouvoirs publics flamands de la guider sur la bonne voie en termes d’espace ; ils sont également les mieux placés pour soutenir les pouvoirs locaux dans cette démarche. L’équipe du Vlaamse Bouwmeester dispose du savoir-faire et des réseaux permettant d’accompagner ce processus d’aménagement de l’espace. N’hésitons pas à recourir au savoir-faire abondamment disponible en Flandre pour améliorer notre espace et notre milieu de vie.

Erik Wieërs
Vlaams Bouwmeester

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