Publié le 12.07.2022

Arrêtons les erreurs et soutenons une vraie politique de protection du patrimoine architectural du XXème siècle en Région Wallonne !

Les abords de la gare de Namur constituent une véritable entrée de ville, un lieu de transition vers le centre historique namurois. Le 20 juin 2022, un projet de développement situé Square Léopold, à proximité directe de cette gare, dans le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) dit « Quartier Léopold », a été présenté à l’approbation des autorités communales. Ce projet ne tient aucun compte des éléments significatifs existants sur ce site, dont en particulier l’immeuble C&A construit en 1969/70 par les architectes Léon Stynen et Paul De Meyer. Pourtant, cet immeuble mérite une attention soutenue.

Les arguments qui devraient être pris en compte pour interdire sa démolition et procéder à son classement concernent non seulement le cadre urbain namurois, mais également la reconnaissance d’un patrimoine architectural moderne, en Wallonie, en Belgique et reconnu à l’international. Parmi ceux-ci, on soulignera entres autre combien ce bâtiment est :

  1. Exemplaire en terme urbanistique. Il s’agit d’un des rares projets modernes de l’hypercentre de Namur. En rupture avec un centre historique « homogène » en termes d’alignement, de matériaux, de types d’ouvertures et de toitures, ce bâtiment s’inscrit cependant dans les gabarits avoisinants témoignant d’une réflexion fine sur les notions d’hétérogénéité / homogénéité urbaine.
  2. Exemplaire pour son implantation. Celle-ci ne se contente pas de suivre les contours de la parcelle et se déploie sur trois faces en dégageant un espace public généreux pour les piétons.
  3. Représentatif de l’architecture de la seconde moitié du XXe siècle. Cette production est censée faire l’objet d’une revalorisation selon la déclaration gouvernementale wallonne : « Mener rapidement à bien l’inventaire du patrimoine en danger, notamment le patrimoine industriel et l’architecture du XXe siècle ».
  4. Représentatif de la recherche architecturale typique du XXe siècle. Avec une composition de façade abstraite et dynamique à un très haut degré de finesse, son langage s’inscrit dans la mouvance dite « brutaliste » qui met en évidence les matériaux de construction dans leur état brut. Basé entre autres sur le principe classique du Nombre d’Or, le dessin des façades témoigne de l’affinité avec les œuvres de Le Corbusier.
  5. Remarquable du point de vue architectural. La construction est constituée d’un socle en retrait et d’un grand volume d’étages ajouré et en lévitation. La structure typique porte sur un ensemble de pilastres qui, là où ils sont disposés, permettent une très grande variété d’aménagements et réaménagements. Les étages sont revêtus de logettes en béton préfabriqué alignées et désalignées très subtilement. Un jeu de faces en couleur anime les façades.
  6. Caractéristique d’un patrimoine en péril. L’enjeu n’est pas que namurois mais relève d’une responsabilité plus large eu égard à l’histoire de l’architecture belge et internationale. En détruisant l’immeuble C&A de Namur, on prive la ville d’un élément hérité de l’époque moderne qui a conservé ses caractéristiques et ses qualités initiales.
  7. Inscrit dans une histoire architecturale et culturelle commune. L’immeuble C&A de Namur est une réalisation qui appartient à une série de magasins construits par la même société en quelques années. Tous ont été réalisés par les mêmes architectes en adoptant une identité visuelle commune par l’expression architecturale. La plupart sont situées dans des rues commerçantes majeures (Bruxelles, Anvers, Gand, Courtrai, Charleroi, etc.) (voir https://vimeo.com/287980412
  8. Caractéristique d’enjeux contemporains. À l’heure où les questions d’enjeux climatiques, de développement durable, d’économie d’énergies sont devenues des nécessités reconnues par toutes et tous, une démolition aussi importante et polluante s’avère un contre-sens. Il s’agit d’un bâtiment en bon état, qui ne montre pas de signes de dégradations et qui remplit sa fonction depuis sa construction. À notre époque, la démolition devrait être le dernier recours face à un état « irrécupérable ».

Pour preuve de sa qualité, cet immeuble est mentionné dans l’Inventaire Régional Wallon et figure également dans le « Guide Architecture moderne et contemporaine 1893-2020. Namur & Luxembourg. Provinces », publié en 2020 par la Cellule Architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Léon Stynen (1899-1990) (associé pour nombreux projets à Paul De Meyer) est l’auteur d’une œuvre importante dans laquelle figure entre autres le Pavillon belge de l’Exposition Universelle à New York (en collaboration avec Henry van de Velde et Victor Bourgeois), le Bâtiment BP et le Centre Culturel « deSingel » à Anvers, les casinos d’Ostende et de Knokke, la Chapelle Sainte-Rita d’Harelbeke, l’école « Peter Pan » à Saint-Gilles. Il fut également le directeur du département d’architecture de l’Académie d’Anvers (1948) mais également le directeur de l’Institut supérieur national d’Architecture et des Arts décoratifs de La Cambre (1950-1965), école créée en 1928 par Henry van de Velde et qui longtemps incarnera la Modernité. Enfin, il a apporté une contribution importante au développement de la profession d’architecte, œuvrant à la protection du titre et à la création d’un Ordre professionnel dont il sera le premier président en 1963. L’importance de Léon Stynen pour l’histoire moderne de l’architecture en Belgique fut confirmée par la réalisation en 2018/2019 d’une exposition monographique et d’un ouvrage d’importance produits par le Vlaams Architectuurinstituut.

Pour toutes ces raisons, nous demandons

  1. Au Conseil communal de la Ville de Namur de refuser tout projet de développement urbanistique et architectural qui impliquerait la démolition de l’immeuble dit « C&A » au 1 du square Leopold et de mettre tout en œuvre pour assainir les abords dudit immeuble en coordonnant les divers opérateurs (électricité, parkings, bulles à vêtement, panneaux routiers, supports publicitaires, pavillon « coursier wallon ») afin de mettre fin à la pollution visuelle qui défigure cet immeuble remarquable ;
  2. À Madame la Ministre du Patrimoine, Valérie de Bue, de classer cet immeuble, y compris un périmètre suffisant autour de lui destiné à mettre en évidence ce bâtiment et le parti urbanistique dont il procède. Pour ce faire (après une étude minutieuse) et sans attendre la démolition, nous lui demandons de l’inscrire urgemment sur la liste de sauvegarde.

>> Signer la pétition <<

Joseph Abram, Architecte, Historien (Fr)
François Andireux, Directeur Ecole Nationale Supérieure d’architecture et de paysage de Lille (Fr)
Raymond BALAU, Architecte, Urbaniste, Critique d’art et d’architecture (AICA/SCAM), Prof. hon. ENSAV La Cambre
Jean-Marc Basyn, Docomomo.be, Chargé de cours Faculté d’Architecture La Cambre Horta ULB
Jean-Didier Bergilez, Architecte, Professeur – Faculté d’architecture  La Cambre Horta – de l’Université Libre de Bruxelles
Kristiaan Borret, Maître-architecte Bruxelles Région Capitale
Arnaud Bozzini, Directeur Brussels Design Museum
Sébastien Charlier, GAR-Archives d’architecture – ULiège
Maurizio Cohen, Architecte, Enseignant – Facultés d’architecture de l’ULB et de l’ULiège
Audrey Contesse, Directrice de l’Institut Culturel d’Architecture Wallonie-Bruxelles
Chantal Dassonville, Directrice générale adjointe, Responsable de la cellule Archi de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Dirk De Meyer, Professor of History of Architecture and Architectural Design, Department of Architecture and Urban Planning, Faculty of Engineering and Architecture, Ghent University
Isabelle DE SMET, Docteure en art de bâtir et urbanisme, Première assistante, Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de Mons, UMONS
Etienne Godimus, Architecte – Doyen de la Faculté d’architecture de l’Université de Mons
Franz Graf, Président de « DoCoMoMo Suisse
Adrien Grimmeau, Directeur de l’ISELP
Jean-Pierre Hardenne, Professeur titulaire, École de design, UQAM
Richard Klein, Président de « DoCoMoMo France
Gery Leloutre, Docteur en art de bâtir et urbanisme – Université Libre de Bruxelles
Pablo Lhoas, Architecte, Enseignant et doyen – Faculté d’architecture  La Cambre Horta – de l’Université Libre de Bruxelles
Georgios Maillis, Architecte – Maître architecte de Charleroi
christophe mouzelard, Historien de l’art et de l’architecture, directeur de l’Association des Amis de l’Unesco
Marcelle Rabinowicz, Architecte, Professeur et vice-doyenne – Faculté d’Architecture La Cambre Horta de l’Université Libre de Bruxelles
Kevin Saladé, Directeur adjoint de l’ENSAV La Cambre et Professeur d’histoire de l’art
David Vanderburgh, Vice-doyen UCLouvain/LOCI/LLN,
Cécile Vandernoot, Architecte, Enseignante et chercheuse à la Faculté d’architecture LOCI de l’UCLouvain. Directrice du Guide d’architecture moderne et contemporaine : Namur – Luxembourg (provinces) 1893-2020
France Vanlaethem, Professeure émérite, École de design, UQAM, présidente, Docomomo Québec
Luc Vincent, Designer
Didier Viviers, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique
Bernard Wittevrongel, Architecte, Professeur, Université Catholique de Louvain
Tatiana Wolski-Stynen, Business analyst et plasticienne

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