Publié le 18.11.2022 | Texte: Kristiaan Borret, Lisa De Visscher

Avant l’été 2020, le Parlement européen a lancé un concours pour la rénovation ou le remplacement du bâtiment Paul-Henri Spaak – plus couramment appelé le Caprice des Dieux. Deux ans plus tard, le gagnant est connu : le bureau JDS architects sera chargé de concevoir le bâtiment le plus imposant et le plus complexe du quartier européen, en collaboration avec Coldefy, NL architects, Ensamble Studio et Carlo Ratti Associati. Kristiaan Borret et Lisa De Visscher, membres du jury, commentent pour nous le processus de sélection et les projets retenus.

À l’instar des prises de décision au niveau européen, ce concours ne fut pas une sinécure. Lors de la préparation qui a duré plusieurs années, les parlementaires se sont régulièrement affrontés dans le débat sur la définition du projet, et comme ils ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur une démolition complète du bâtiment ou sur sa rénovation en profondeur, c’est au concours qu’ils ont décidé de « refiler la patate chaude ». Dès lors, il incombait aux architectes de faire un choix entre ces deux options, et le jury s’est vu contraint de comparer des pommes avec des poires. D’hésitations en tergiversations, le Parlement a entre-temps été rattrapé par la réalité, et la réutilisation est désormais une priorité dans le cadre de la construction durable. Le programme du concours, qui regorgeait d’autres ambitions durables plus techniques, était évidemment particulièrement complexe en raison de la fonction exceptionnelle du bâtiment – la grande diversité de mesures de sécurité n’étant pas parmi les moindres contraintes.

Lancé une première fois dès 2019, le concours n’avait pas recueilli suffisamment de candidatures, indubitablement parce que les conditions contractuelles n’étaient pas très séduisantes. La tentative suivante, un an plus tard, fut un franc succès et récolta 132 envois. Pourtant, à l’heure actuelle, les lauréats n’ont toujours pas de projet de construction concret en main et doivent encore passer par des négociations avec le Parlement quant à la suite possible.

Tout était particulier dans ce concours organisé par une entreprise spécialisée en competition management, et conforme aux directives de l’UIA (Union internationale des architectes). Ce processus impliquait que les envois devaient respecter un parfait anonymat, ce qui en soi est positif pour exclure les réflexes nationalistes, mais qui complique les choses quand on veut un processus de sélection bien réfléchi ou une évaluation approfondie. C’est ainsi que les quinze participants au concours ont été sélectionnés parmi les 132 candidatures par les services internes du Parlement. La présentation rigoureusement uniforme imposée aux projets a donné au jury une liberté totale dans l’interprétation des panneaux et maquettes. Quand on envisage les choses sous l’angle de notre culture belge des concours, où il est d’usage que les concepteurs viennent expliquer oralement leur projet, il était relativement inconfortable de devoir choisir un nouveau bâtiment pour le Parlement européen en se basant uniquement sur une sorte d’examen écrit.

Parmi les quinze projets retenus pour le concours, au bout de trois jours de discussion entre un jury professionnel et un comité technique, cinq finalistes furent sélectionnés dans un ordre très clair.

Le projet gagnant, signé JDS architects en collaboration avec Coldefy, NL architects, Ensamble Studio et Carlo Ratti Associati, s’est particulièrement distingué parce que c’était le seul parmi les finalistes à avoir résolument choisi de réutiliser la plus grande partie possible du bâtiment existant. Au-delà des quatre étages de parking souterrain – que presque tous les architectes conservaient –, la structure existante, les sols, le gabarit et même l’iconique forme elliptique sont réutilisés. Et malgré cela, ce projet parvient à résoudre la situation urbanistique problématique existante. Actuellement, le Parlement européen est totalement isolé, caché derrière les ailes monumentales du bâtiment Spinelli et à peine relié à l’esplanade Simone Veil par deux petits passages couverts relativement peu engageants. Dans le nouveau projet, les architectes démolissent une partie du bâtiment Spinelli et ouvrent ainsi la vue sur le Parlement. Mieux encore, cet accès se prolonge à travers le bâtiment pour aboutir dans le parc Léopold qui, du même coup, se retrouve davantage en connexion avec le quartier européen.

À l’intérieur, deux nouveaux vides bien placés créent un atrium pour les visiteurs et un lieu de rencontre pour les collaborateurs, l’organisation spatiale existante étant totalement chamboulée, avec pour résultat une fonctionnalité accrue et plus de lumière du jour. En toiture, un jardin couvert accessible au public offre une vue sur le parc et le centre de la ville.

Le bureau allemand Kuehn Malvezzi, en collaboration avec Jabornegg & Pálffy, est arrivé en deuxième place avec un projet de construction neuve axé sur la fonctionnalité et la flexibilité. Cette boîte épurée en verre est constituée de deux volumes superposés entre lesquels est aménagée une place publique. Le volume supérieur accueille la chambre plénière, avec panorama sur le centre-ville. Les salles prévues pour la tenue des commissions du Parlement, quant à elles, sont aménagées dans le volume inférieur, tourné vers le parc Léopold. Ici aussi, une connexion – toutefois un peu plus modeste – est réalisée entre l’esplanade et le Parlement via un passage central traversant le bâtiment Spinelli.

La construction symétrique, la forme géométrique, l’uniformité des matériaux et l’impressionnante échelle confèrent à ce projet un monumentalisme à faire pâlir de jalousie les autres immeubles du quartier européen. En termes de rayonnement, par son omniprésente façade vitrée, ce projet s’inscrit totalement dans l’architecture de bureau très formelle du quartier européen. Toutefois, par le gigantisme de son échelle et sa position isolée, il acquiert plus d’allure et le banal est sublimé. Bien que surdimensionnés, les espaces intérieurs possèdent une fonctionnalité et une simplicité claires qui, vu l’extrême complexité du programme, contribuent à la puissance du projet. En termes de durabilité, ce projet atteint d’excellents résultats, en tout cas lorsqu’on ne prend pas en considération l’énergie grise perdue à la démolition du bâtiment d’origine.

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