Publié le 09.03.2022 | Texte: Eline Dehullu, Lisa De Visscher

A+ Talk by Anupama Kundoo & David Sebastian

Le 15 mars 2022, A+ Architecture in Belgium et Bozar ont le plaisir de recevoir David Sebastian et Anupama Kundoo au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles pour une double conférence sur la thématique de la brique.

A+ et Bozar invitent l’architecte espagnol David Sebastián pour une conférence au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 15 mars 2022. Cette conférence A+Talk sera consacrée à l’utilisation des matériaux. En amont de cet événement, A+ s’est entretenu avec lui à propos de quelques projets significatifs qu’il a réalisés en brique, et de la manière dont il emploie ce matériau pour des expériences architecturales.

A+ – Dans un de vos projets récents parmi les plus connus, la House in Three Springtimes à Teruel (Espagne, 2017), vous avez notamment utilisé la brique. Il s’agit là d’une application très remarquée et expérimentale du matériau. Comment la brique a-t-elle influencé la conception ?

David Sebastian – La House in Three Springtimes de Teruel est une maison de vacances pour trois familles, appelée à protéger ses occupants du soleil de plomb qui écrase l’Espagne en été. La maison a été construite par les propriétaires eux-mêmes avec l’aide de main-d’œuvre locale, dans un budget très restreint. Ils ont réalisé la construction en plusieurs phases, pendant trois printemps successifs – d’où le nom.

La maison de vacances est une reconversion d’un ancien fenil. Nous avons fait le choix de conserver les murs extérieurs en pierre et l’ancienne charpente en bois. C’est ce qui a déterminé la volumétrie, la pente du toit et les dimensions de l’espace intérieur de la nouvelle habitation. Vu que le budget était très réduit et que nous souhaitions travailler avec de la main-d’œuvre locale, nous avons opté pour des matériaux standards. Au-delà d’être souvent moins cher, on peut aisément se les procurer sur place et ils sont surtout plus faciles à mettre en œuvre. C’est ce qui explique qu’en plus du bois et de la céramique – que nous avons pour une grande partie trouvés sur place et récupérés –, nous avons fait le choix de la brique. Pas le genre de brique qu’on utilise généralement pour les finitions ou les façades, mais la version plus brute servant pour les éléments porteurs. Cette brique est si simple qu’elle est l’élément de base de quasi toutes les constructions. Nous avons donc entrepris de faire des essais avec ce simple élément de construction, de manière ludique. Comme la brique est très maniable, nous avons commencé par tester différents types d’appareillages, en la retournant, en modifiant les joints. Cet élément constructif a ainsi fini par acquérir un certain niveau d’ornementation, sans pour autant pouvoir être qualifié de « finition ». Nous avons également utilisé différents types de briques, selon ce qui était localement disponible en stock. On a donc vu apparaître une finition spéciale dans certains angles, et quelques éléments des escaliers sont également exécutés avec des briques différentes.

A+ – La maison fait penser à la résidence d’été avec studio d’Alvar Aalto à Muuratsalo (Finlande, 1954). Il avait construit cette maison pour sa femme et lui. L’utilisation de différents types de briques et les diverses manières de les assembler sont au cœur de la construction de cette habitation. Vous a-t-elle en quelque sorte servi de référence ?

DS – Certainement ! Nous avons travaillé dans le même esprit d’expérimentation, d’improvisation et de composition. La composante ludique était également très importante à nos yeux. Nous avons véritablement joué avec différentes textures et formes, souvent avec des fragments d’anciennes briques trouvés sur place. Le fait que nous ayons changé de brique ou d’appareillage en cours d’exécution explique pourquoi le bas d’un mur est souvent différent de sa partie haute. Le hasard a joué un rôle important : le genre d’heureux hasard, la bonne surprise, la découverte de quelque chose pouvant servir alors que nous ne cherchions rien de particulier. Et peut-être que cela touche également au « vernaculaire ». Nous avons utilisé une brique portante courante, de stock sur place, faisant en quelque sorte partie du paysage matériel local. Après différentes discussions avec les maçons, nous avons opté pour des appareillages qui nous évitaient de découper ou de scier les briques. Nous avons simplement suivi la logique propre de la brique. À mesure que nous avancions, nous avons appris à connaître le matériau, à le mettre en œuvre, le monter et l’assembler, en faisant appel au savoir-faire de la main-d’œuvre locale. C’est ainsi que le projet s’est inséré dans le village – pas seulement dans les mentalités, mais aussi physiquement. Le résultat final est en harmonie avec le paysage. Il parle en quelque sorte le dialecte local.

A+ – En l’occurrence, en quoi consistait précisément votre rôle d’architecte ?

DS – Il est vrai que j’ai rempli mon rôle d’architecte différemment : il était clair que je ne devais pas établir ici de documents de soumission ou de plans d’exécution. J’ai toutefois réalisé des maquettes de travail simples et dessiné des schémas sur le chantier pour expliquer clairement aux ouvriers l’objectif poursuivi. J’ai moi-même aussi retroussé mes manches et réellement participé à la construction. Mais une de mes principales tâches consistait à dresser un inventaire détaillé des matériaux existants que nous voulions récupérer (comme les anciennes portes et fenêtres), et des nouveaux matériaux bon marché pouvant être livrés rapidement. Nous ne savions jamais exactement à l’avance quel matériau nous utiliserions à quel endroit. Tout s’est déroulé « sur le tas », en fonction de ce qui était présent au moment même. Contribuer à une économie circulaire faisait partie intégrante de ce projet et, à cet égard, l’inventaire était un élément essentiel de la démarche.

A+ – Dans des projets antérieurs tels que la School of Art and Design à Amposta (Espagne, 2013), et la crèche à Vilanova del Vallès (Espagne, 2010), vous aviez également opté – parfois partiellement – pour la brique. La raison était-elle chaque fois différente, ou la motivation était-elle relativement comparable ?

DS – À première vue, ces deux projets ne sont pas comparables à la House in Three Springtimes. D’abord, il s’agit de projets publics et pas privés, qui s’inscrivent dans un contexte plutôt urbain et pas rural. Toutefois, il s’agissait là aussi de transformer un ancien bâtiment existant en quelque chose de neuf. Chaque fois, nous avons conservé la forme initiale du bâtiment, mais sans camoufler les endroits où nous faisions des ajouts. Nous montrons toujours de manière très explicite ce qui est ancien et ce qui est nouveau. Et ici aussi, la récupération de matériaux existants trouvés sur place en cours de route revêtait une grande importance. Le résultat est que pendant le chantier, nous avons adapté plusieurs fois le projet. Les deux projets ont été conçus aux alentours de 2008, année de la grande crise financière qui a eu d’importantes répercussions sur l’économie espagnole. Il était donc très important d’être économe en matériaux et de miser au maximum sur la récupération. Chaque fois, nous avons été nous-mêmes surpris des possibilités que cela nous ouvrait.

Et j’en reviens donc à la notion d’expérience. Dans le projet à plus grande échelle et un peu plus prestigieux de la School of Art and Design à Amposta, nous avons également expérimenté différents matériaux, dont la brique. Nous avons utilisé ici plusieurs matériaux parce que le projet devait pouvoir s’adapter aux multiples échelles et contextes. L’école se trouve plutôt en périphérie de la ville, dans un amalgame d’imposants bâtiments industriels et de constructions plus petites en soutien de cette industrie. Pour l’extérieur de l’école, nous avons donc utilisé de robustes cadres en acier. Mais pour les espaces intérieurs, nous avons opté pour la brique parce que c’est un matériau chaleureux, convivial et humain. Pour moi, la matérialité est toujours liée à l’échelle et au contexte. Et cette diversité d’échelles et de contextes aboutit à différents matériaux. Et inversement : la spécificité d’un matériau me rappelle comment il peut être utilisé, et aussi comment le mettre en œuvre autrement. Ces différentes approches, ces expérimentations avec les matériaux sont ce qui détermine l’architecture.

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