Publié le 22.09.2020 | Texte: Stephen Bates | Photos: Kim Zwarts

A+285 Museums

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Deux ans après le concours d’architecture pour la transformation de l’ancien garage Citroën en nouveau pôle culturel pour la ville de Bruxelles, l’architecte Stephen Bates, lauréat du concours, dresse le bilan. Comment le projet du concours KANAL Centre Pompidou a-t-il évolué, comment la réaffectation se déroule-t-elle et à quoi pourra bien ressembler un musée à une époque post-Covid-19 ?

Depuis leurs origines en tant que collections privées ouvertes au public, les musées ont constamment été réinventés et refaçonnés. Ce parcours de refontes successives a abouti à un élargissement de leur mission ; ils reflètent désormais les valeurs sociales et culturelles, et sont devenus des symboles des villes qu’ils représentent sur la scène internationale, jouant un rôle de catalyseurs d’investissements et de facilitateurs de la régénération urbaine. Aujourd’hui, ils jouent un rôle majeur dans le monde de l’art international grâce à la scène toujours plus vaste qu’ils offrent à la pratique de l’art et un énorme potentiel pour dépasser les limites de leur propre site et des audiences classiques. Le défi le plus récent a été l’impact de la pandémie de Covid-19. Une fois fermés au public, les musées exposent leur fragilité. C’est dans ce contexte de questionnement et de réévaluation que nous développons le projet KANAL-Centre Pompidou à Bruxelles, en transformant ce qui fut jadis la plus grande usine d’automobiles en Europe.

Dès le départ, les trois bureaux d’architecture – noA, EM2N et Sergison Bates – réunis sous l’appellation Atelier KANAL ont rompu avec la tradition de l’immeuble-signature par une star de l’architecture, et ce collectif s’est élargi à un groupe informel de commissaires et artistes internationaux – Anna Viebrock, Peter Cachola Schmal, Anne Pontégnie et Lucy McKenzie – qui sont venus enrichir le projet de leurs différents points de vue et nous ont encouragés à réfléchir autrement au potentiel d’interaction entre l’art et la société.

Nous avons adopté d’emblée une attitude radicalement optimiste, en choisissant d’être foncièrement réceptifs au bâtiment existant : faire confiance au préexistant ! Cette approche, qui a présidé à toutes les décisions – allant des procédures de gestion au choix des matériaux –, a guidé le projet du point de vue de la stratégie et des détails. Nous voulions intervenir avec légèreté au niveau de l’essence du bâtiment, avec précision et confiance, pour réinventer le magnifique garage Citroën et le refaçonner en espace public. Nous avons vu dans ce vaste bâtiment industriel aussi grand qu’un îlot urbain le potentiel d’une agora, c’est-à-dire d’un lieu partagé permettant aux gens de se rencontrer, de faire une pause et de découvrir de l’art ou des performances… mises en scène ou improvisées. Nous avons imaginé un bâtiment public abritant plusieurs institutions culturelles, faisant partie d’un éventail diversifié d’expériences possibles, mêlant production et consommation d’art. Nous l’avons conçu davantage comme une scène que comme un musée – « A Stage for Brussels ». Semblable à un nuage en filigrane d’acier et de verre, l’espace sous le toit devait fournir aux artistes et aux commissaires un lieu physiquement puissant avec lequel travailler et composer. Les ateliers et les espaces de travail devaient pouvoir accueillir les créateurs, renforçant la connexion entre le travail, la performance et le spectacle et transformant le public en spectacteurs. Au lieu de nous concentrer uniquement sur la création d’un espace d’exposition internationalement significatif, nous avions pour objectif de réaffecter le garage Citroën pour en faire avant tout une ressource à destination de la population locale.

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