Publié le 16.04.2020 | Francis Carpentier

22 mars 2020. Je n’ai ni terrasse, ni jardin. Je descends par l’escalier, ignorant royalement l’ascenseur ! De la main gauche, j’ouvre la porte du sas qui donne sur la rue. Et là, une pensée m’envahit : après la crise sanitaire que nous traversons, la « densification » deviendra suspecte. Elle n’est pas compatible avec la pandémie. Partout, on voit fleurir des articles jetant l’opprobre sur l’habitat collectif. Comment allons-nous réagir ?

Tandis que je marche – les mains dans les poches, en évitant à tout prix de les porter au visage – ma destination s’impose à moi : Chapelle-aux-Champs ! La cité-jardin qui apportait une réponse à la ville polluée et peu hygiénique. Ce qui, hier encore, relevait d’un modernisme romantique, retrouve aujourd’hui une brûlante actualité. Huib Hoste, Antoine Pompe, Louis Van der Swaelmen : ces bonshommes venaient de vivre une guerre mondiale suivie de la grippe espagnole. Pas de temps ni d’argent pour faire dans la « fioriture ». Priorité aux compositions dictées par la raison et l’économie ! Avec cependant de la lumière, des magnolias, des cerisiers du Japon et les théories des couleurs en guise de poésie abstraite. Un habitat collectif pour la petite classe moyenne. Maisonnettes, jardinets, portillons… Un paradis pour les résidents et les promeneurs !

De retour chez moi, je me mets à feuilleter « Los Angeles Modernism Revisited. Houses by Neutra, Schindler, Ain, and Contemporaries » (Park Books, 2019). Un ouvrage consacré à de nombreux quartiers de banlieue émaillés de villas dont l’introduction fait l’apologie. Los Angeles et « collectif »… Il est rare que ces mots soient associés. Du coup, les exceptions ne sont pas des moindres. Par exemple les Strathmore Apartments de Richard Neutra. Ou, mieux encore, les Courtyard Apartments de Craig Ellwood. Ces quatre habitations avec patio furent construites en 1953 sur la superficie et pour le prix d’une seule villa. Une densification résultant d’une initiative libre, avec des murs communs et des voisins proches. Pourtant, chaque habitation bénéficie d’une entrée individuelle qui lui sert par la même occasion d’espace extérieur. Chacun sa porte, chacun son jardin. Tout cela ensemble, c’est possible !

La crise du COVID-19 révèle soudain en quoi les disciplines consacrées à la conception font la différence. À l’heure où l’individuel, le collectif et la cohésion sont d’ordre vital, nous avons à nouveau besoin d’études de cas qui ouvrent des perspectives. Avec pour munitions l’expérience des habitants eux-mêmes.

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