Publié le 07.04.2020 | Lisa De Visscher - Rédactrice en chef

Jusqu’à la fin des années 1960, le citoyen belge lambda optait pour l’inhumation dans un cimetière. De nouvelles croyances, une évolution de la vision de la mort et la multiculturalisation croissante ont changé la donne et soulevé la question des alternatives, au rang desquelles la crémation. Mais à quoi un crématorium devrait ressembler ? Stuifduin de A20 architecten nous montre la voie.

La crémation est réglementée par la loi depuis 1971. Près de cinquante ans plus tard, le nombre d’incinérations est passé à 50 000, ce qui représente environ la moitié des décès. Afin de répondre à cette demande, les intercommunales qui gèrent les crématoriums ont décidé, en 2010, de planifier conjointement la construction de treize nouvelles installations. Censées suppléer aux onze crématoriums existants, elles seront réparties judicieusement sur tout le territoire belge. En Flandre, la construction de ces nouvelles installations a été supervisée par l’équipe du Vlaams Bouwmeester dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres. Statie Stuifduin constitue également le résultat d’un appel d’offres et suit les traces d’illustres prédécesseurs, parmi lesquels les crématoriums de Zemst (Christian Kieckens/DAE), Courtrai (Eduardo Souto de Moura), Holsbeek (RCR arcquitectos/ Coussée et Goris architectes), Alost et Sint-Niklaas (tous deux par Kaan Architectes). Le crématorium d’Ostende, de Office KGDVS, est encore en chantier.

Il n’est pas surprenant que l’équipe du Vlaams Bouwmeester ait accepté ce programme avec autant d’enthousiasme et que la procédure ait généré une telle manne de projets réussis. Compte tenu de l’introduction récente de l’incinération dans la culture occidentale de la mort, le crématorium, en tant que typologie, représentait un terrain encore relativement inexploré. Contrairement à ce qui est d’usage avec d’autres édifices (semi)publics, au rang desquels les églises, les écoles ou les bibliothèques, il n’était pas possible de s’appuyer sur des typologies éprouvées depuis des siècles ou sur des décennies de recherche typologique. La procédure et la supervision par l’équipe du Vlaams Bouwmeester du maître d’ouvrage a permis à ce dernier de sélectionner en connaissance de cause des architectes qui présentaient les compétences nécessaires non seulement pour développer une nouvelle typologie mais également pour traduire spatialement un programme complexe dans un lieu significatif.

En effet, la combinaison d’un espace cérémoniel dont les ambitions revêtent un caractère sacré et où les visiteurs traversent une expérience intense dans un cercle familial ou amical, et d’une machinerie de haute technologie soumise à une réglementation stricte constitue une véritable gageure. Par ailleurs, la législation environnementale exige que les crématoriums soient établis en périphérie, loin des centres habités et relativement distants des sites à vocation industrielle ou économico-commerciale.

Statie Stuifduin bénéficie à cet égard d’une situation privilégiée. Le site se niche dans un environnement exceptionnel, au coeur d’un paysage historique qui, grâce au projet de restauration dont il fait l’objet, se trouve englobé dans une dynamique de renaissance d’où émerge littéralement le bâtiment. Nous devrions plutôt écrire « les bâtiments », car la réponse qu’ont formulée les architectes d’a2o au problème typologique est axée sur la division du programme en trois bâtiments. Trois salles – l’une technique, l’une sacrée et la dernière conviviale – qui ceignent une 4e salle extérieure. Le cheminement entre les dunes vers le crématorium évolue entre les différents bâtiments et ne renvoie pas seulement au cortège classique de l’église au cimetière, puis au café mais, d’une manière plus existentielle, au cheminement de la vie elle-même. Le parcours décrit également une figure spatiale qui, soutenue par un sentier entre les dunes et un couloir, rappelle que les salles ne forment pas des moments architecturaux séparés, mais un seul et même projet.

Cette unité, intrinsèque au projet et à son environnement, résulte d’un langage conceptuel cohérent et d’une utilisation systématique et simple des matériaux. Des briques de couleur sable fabriquées à la main et des poutres en bois, un rythme rigoureux et des détails raffinés font de Statie Stuifduin un bâtiment fier qui s’érige humblement face à la solennité du programme et la splendeur de son environnement. Un bâtiment à l’échine solide qui, bien qu’il s’intègre naturellement dans son cadre, se dresse sans effort et s’inscrit dans la réflexion typologique de ce qu’un crématorium doit et peut être.

Architect A2o

Official project name
Crematorium Statie Stuifduin

Location
Lommel, Belgium

Interior architect
Simoni Architecten

Total floor area
3000m2

Budget
€ 8,531,685 (excl. VAT and fees)

Product/supplier
Wienerberger (façade brick), Soprema (roofing)

Programme
Design and execution of a crematorium as an
extension of the existing cemetery at Lommel

Procedure
Competition

Client
Pontes

Lead contractor
Vanhout

Landscape architect
Buro Landschap

Public realm
A2o

Structural engineering
Macobo

Services engineering, building physics, sustainability and acoustics
Studiebureau Boydens

Completion
February 2018

A+281 Silence

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