Publié le 22.09.2020 | Texte: Élodie Degavre | Photos: Maxime Delvaux

A+285 Museums

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C’est suffisamment rare pour être mentionné : le « musée de Folklore, Vie frontalière », une réalisation de V+ & Projectiles à Mouscron, était déjà sous les projecteurs avant même d’ouvrir. Du concours – décortiqué par A+ –, en passant par le chantier – dévoilé par une exposition et deux livres –, jusqu’à l’inauguration – consacrée par les critiques : « l’avant » et le « pendant » ont été largement couverts. Alors, que retenir de « l’après » ?

Une chaise trois rossignols deux paires de sabots… Vous connaissez cet inventaire de Prévert ? C’est une liste poétique de choses ordinaires et dépareillées, évoquant les souvenirs. La collection de plus de 18 000 objets du musée de Folklore y ressemble furieusement. Au départ, la commande paraît ingrate : un musée pour exposer le quotidien, voilà qui est moins glamour qu’un écrin pour le grand art. Vous vous souvenez sans doute de l’une ou l’autre visite scolaire, avec reconstitutions et mannequins kitsch ? Cette image est la première chose à déconstruire lorsqu’il faut penser un musée de ce type aujourd’hui. V+ a relevé le défi, en collaboration avec Véronique Van de Voorde, une directrice très engagée. L’inauguration ne signifie pas pour autant la fin de leur aventure : le nouveau musée représente un tournant dans leurs pratiques respectives.

Pour comprendre ce qu’est un musée de folklore, il faut remonter au début du 20e siècle : la société, alors totalement transformée par l’industrialisation, voit disparaître son patrimoine populaire. La nécessité de la préservation de cet héritage entraînera la création de musées d’ethnologie et d’éco-musées, dont le muséologue français Georges-Henri Rivière est l’un des théoriciens. Il introduit, dans les années 1950, l’idée d’une institution « qu’un pouvoir et une population conçoivent, fabriquent et exploitent ensemble ». Voilà qui fait écho à Mouscron, où la collection repose sur les dons et sur les témoignages des habitant.e.s. Ce que Rivière n’a jamais pu déconstruire, c’est ce stéréotype gênant, hérité des nationalismes des années 1930 : reposant sur l’image nostalgique d’une ruralité dévouée, mise sous vitrine, le folklore traîne encore une image péjorative. Il est intéressant de noter que Rivière, comme si l’architecture pouvait faire partie de la réponse à ce problème, s’engage, dans les années 1960, dans la construction de l’un des premiers musées de traditions populaires « ex nihilo », à Paris, aux côtés du moderniste Jean Dubuisson.

C’est un fait historique notable, car si le musée de Mouscron propose lui aussi un environnement flambant neuf, cela reste rare, comme l’explique Véronique Van de Voorde. Cette typologie de musée prend quasi toujours place dans un bâtiment existant, entretenant ainsi le penchant pour les reconstitutions d’intérieurs. C’était encore le cas, il y a peu, à Mouscron. Mais aujourd’hui, un tournant crucial s’annonce. Les musées de folklore doivent évoluer vers des musées de société, se débarrasser de leurs oripeaux nostalgiques, et la directrice voit, dans la transposition de la collection communale au sein d’un bâtiment neuf, la possibilité d’éliminer toute lecture sentimentale. Elle estime que la contemporanéité des espaces la stimule dans son travail : développer un discours scientifique actuel sur des objets et savoir-faire anciens. Sa mission éducative concerne aussi l’usage que les visiteurs font de l’espace muséal, car les dimensions modestes de celui-ci, sa matérialité familière et l’exposition hors vitrines chamboulent les codes de la sacralisation de l’objet et du « toucher/ne pas toucher ». Les visiteurs âgés sont ainsi tentés de saisir les objets qu’ils ont connus ! Véronique Van de Voorde ne sous-estime pas sa mission, c’est pourquoi elle est impatiente que les phases suivantes du projet se réalisent : des ateliers pédagogiques seront bientôt organisés dans la bâtisse qui abritait l’ancien musée.

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Architect V+, Projectiles
Website vplus.org project-iles.net
Official project name Musée de Folklore
Location Mouscron, Belgium
Programme Renovation and extension of the Musée de Folklore + park

Procedure Competition
Client City of Mouscron, with the support of Wallonia- Brussels Federation
Landscape architect Taktyk Structural engineering
Bureau d’études Greisch

Services engineering Bureau d’études Greisch
Building physics Bureau d’études Greisch
Sustainability Daidalos Peutz
Acoustics Daidalos Peutz
Completion October 2017

Total floor area 1,899 m2
Budget € 4,100,000(excl. VAT and fees)
Product / Supplier Terca Kortemark (bricks), Legrand (electrical infrastructure)

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