Publié le 24.12.2019 | Géry Leloutre et Hubert Lionnez - enseignants à la Faculté d’Architecture de l’ULB La Cambre-Horta, coopérateurs au sein de Karbon’ Architecture & Urbanisme.

Prendre l’avion pour se rendre à la triennale d’architecture de Lisbonne et y voir l’exposition « Taking the country’s side. Agriculture and architecture » sous le commissariat du philosophe et historien du paysage Sébastien Marot n’est pas sans contradiction avec la réflexion qu’il cherche à communiquer. On se dédouanera en citant un auteur cher à Sébastien Marot , John Brinckerhoff Jakson, pour qui l’école des paysages c’est « apprendre à être des touristes alertes et enthousiastes »[1].

D’une certaine façon, l’exposition s’apparente à un voyage initiatique. Dans l’introduction au catalogue, Marot restitue de manière très didactique le principe scénographique par lequel l’exposition s’approprie  l’espace hypostyle du « Garagem Sul » au sous-sol du Centre Culturel de Bélem comme s’il s’agissait d’un plan basilical. Parcourir l’exposition prend alors les allures d’une procession qui trace, à travers  les panneaux qui occupent la « nef centrale », une histoire de l’humanité scandée par les moments clefs de l’évolution des relations entre agriculture et architecture. Le propos est en résonnance avec une ligne du temps dessinée à même le mur latéral. Cette chronologie donne la parole à toute une série de penseurs – historiens, philosophes, économistes, géographes, sociologues, de Platon à Rob Hopkins, en passant par Adam Smith, Thomas Malthus, Karl Marx mais aussi moins connus comme Hyde Bailey, Stanley Jevons, …- rendant compte des relations étroites mais aussi des tensions critiques qui se tissent entre urbanisation et campagne au cours de l’histoire. Ce regard rétrospectif dresse la courbe ascendante exponentielle d’un panorama de l’exploitation des ressources naturelles que la mobilisation croissante envers la nécessité de nouvelles relations soutenables entre ville et campagne semble très peu contrarier. Le long du mur latéral opposé, logées dans une série de niches, des interviews de penseurs, acteurs et activistes balisent le champ des préoccupations contemporaines en écho au propos de l’exposition. Moment de synthèse prospective, l’abside ponctue ce parcours réflexif en mettant face à face quatre tableaux, des scénarii illustrant les récits possibles des futures relations entre ville et campagne : incorporation, négociation, infiltration et sécession.

En convoquant l’histoire,  l’exposition entend dépasser des visions nostalgiques ou fatalistes  des défis environnementaux qui se présentent à nous pour,  au contraire, esquisser un point de vue  alternatif  qui  cherche plutôt à concilier l’art de la mémoire à celui d’espérer[2].

L’exposition se tient à Lisbonne jusqu’au 16 février, puis ira à Lausanne (Archizoom, EPFL) de fin février à avril et s’accompagnera d’un catalogue en français.

[1] John Brinckerhoff Jackson “ De la nécessité des ruines et autres Sujets” Editions du Linteau , Paris 2005 , P. 24

[2] On peut lire  à ce sujet  l’essai de Sébastien Marot “L’art de mémoire, le territoire et l’architecture “ Editions de la Villette Paris 2010 qui annonce en quelque sorte  le programme de l’exposition et on peut visionner  la conférence donnée à Lausanne en septembre 2017 “ Propos liminaire: de l’art de la mémoire à l’art d’espérer”. https://portal.klewel.com/watch/webcast/journee-etude-bernardo-secchi-2017/talk/17/

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