Publié le 03.12.2021 | Texte: Raymond Balau

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Sous l’acronyme GEL, cette triple rétrospective partielle presque paradoxale montre le travail d’architecte mais pas seulement de Georges-Éric Lantair, dans deux salles du Musée Wittert à l’Université de Liège, du 25 septembre au 23 décembre 2021, puis quand vous voulez en ligne et dans les bonnes librairies. La titraille suggère une nébuleuse, alors pour aérer les paragraphes : générique !

Architecte (plasticien) : Georges-Éric Lantair
Organisation : GAR Archives d’architecture + Archidoc (Aloys Beguin, Sébastien Charlier, Claudine Houbard & comité scientifique) [1] + ULiège Musée Wittert (Édith Micha) + Cellule Archi FWB + Province de Liège + AWaP + Cogephoto
Mise en espace de l’expo : GEL & Cédric Libert + Nicolas Wolkenar
Réalisation du film : GEL & Christopher Bouts
Contenus du livre : GEL & direction scientifique Alain Richard & Cécile Vandernoot + Aloys Beguin, Réjean Legault, Cédric Libert, Thomas Moor + Jean Glibert en quatrième de couv + un poster avec « inventory ».
Read more : le colophon emplit toute une page.

Commençons par la fin, à savoir le livre, qui restera, et même par la fin du livre, la quatrième de couv confiée à Jean Glibert, et sa dernière phrase : « Rien n’a abouti, mais quels échanges ! » Si l’architecture de GEL n’appelle pas vraiment d’Intégration d’Œuvre d’Art, parce qu’elle en court-circuiterait le process à tout bout de champ, sa sensibilité visuelle et plastique s’accomplit dans ce qu’il construit grâce à ce que montre le cabinet de curiosités imaginé par Cédric Libert. Face à l’impossibilité de tout placer dans de trop petites salles, de tout montrer dans un film trop court et de tout expliciter dans un livre de trop petit format, tout ça dans un budget trop étroit malgré un générique de superproduction, l’exposition est cependant allégée par la compilation du livre, qui comprend des souvenirs de Cédric Libert sur l’atelier de la rue Chéri, un survol de l’inventaire HLM par Thomas Moor, l’enseignement raconté par Aloys Beguin, et la donnée transatlantique par Réjean Legault, plus un inventaire 1981-2020 ainsi qu’un atlas de 38 pages d’esquisses en pleine page à bords perdus et un autre de 40 photographies compensant malgré tout les visuels en timbres-poste, certains d’à peine 0,0005 m2 ! Centrale dans le livre, l’analyse lucide, complice et fouillée d’Alain Richard et de Cécile Vandernoot appelle un décodage pour qui n’est pas de la partie, mais elle relève d’un décryptage de haut vol éclairant la force et les spécificités de chaque projet.

Alternant séquences d’œuvres réalisées et de paysages au fil de la pensée, le film évoque les intuitions, les faits déclencheurs et le sens des situations aux sources du plaisir d’habiter. En filigrane le « donc c’est non » de Henri Michaux fait penser à la « philosophie du non » chez Bachelard : « (…) besoin de notions fondamentales dialectisées (…) souci de maintenir en discussion les résultats acquis (…) action polémique incessante de la raison (…) » Les rêveries du commencement associées aux lieux bâtis ou transformés renvoient à l’amont et à l’aval de l’exposition.

Après avoir vu l’ensemble dense des maquettes et des feuilles d’étude correspondant à une quinzaine de projets de taille petite ou moyenne, pas tous réalisés, la configuration des lieux en cul-de-sac aboutit au cabinet de curiosités qui regroupe dans et autour d’un prisme à base triangle rectangle ouvert côté hypoténuse, un ensemble d’objets, d’échantillons, de peintures ou de sculptures extraits de l’atelier d’architecture, très présent par le truchement de ces choses intimement liées au parcours de GEL et à ce qui motive son attitude, le tout parsemé d’autres recherches, au nombre desquelles un travail révélateur, à savoir une grammaire architectonique engendrée par la décomposition conceptuelle d’un pigeonnier observé dans l’enfance. La salle des études est alors parcourue à nouveau, dans l’incidence de ces choses étranges et stimulantes assemblées en petit théâtre de la mémoire.

Les espaces disponibles impliquant des choix tranchés, ce sont les recherches, toutes les sortes de recherches qui s’y déploient. C’est donc l’origine des projets qui est donnée à voir, avec l’éclairage du doute, le vertige des variantes et les paris sur des évidences à vérifier, les décisions tenant parfois à quelque détail d’où tout repart. Le joyeux disparate de la seconde salle est idéal pour accéder à ce qui vibre dans cette architecture qualifiable de « plasticienne ». Partout les configurations spatiales résultent d’éléments d’architecture aux agencements de matériaux-couleurs accroissant les attentions portées aux futures osmoses avec les lieux. D’où les désirs de formes affirmées et d’inserts chromatiques qui s’attachent à réinventer sans cesse le passage par la porte, la vue par la fenêtre, l’assise sur le banc ou la promenade dans l’escalier, en défiant la dictature des solutions attendues auxquelles GEL oppose des non à coups de crayons de couleur. Le « devenir cas particulier » qui se manifeste là gagne en puissance au travers d’un dialogue de même nature à une autre échelle, avec l’environnement bâti ou le site. C’est une architecture bourrée de faux-raccords attrayants, soignés, bien vus, où l’exception est souvent la règle et où subsiste une part d’inexpliqué, alchimie qui exprime par le titre (IM)PERTINENCE l’exercice paradoxal de la liberté.

[1] Cycle annuel Archidoc : #01 Nicolas Simon, #02 Jean Englebert, #03 Bernard Herbecq, #04 Émile-José Fettweis + #06 Jacques Gillet.

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