Publié le 09.03.2022 | Texte: Pieter T'Jonck

« Dans chaque groupe de voyageurs, dans chaque car de touristes, il y a toujours au moins une personne qui veut absolument faire remarquer aux autres la beauté et l’intérêt des choses qui les entourent, même si ces autres sont parfaitement capables de les voir, eux aussi : je crains hélas que chacun de nous puisse fondamentalement être cette personne. »

Cette remarque de l’historien de l’art Michael Baxandall dans l’essai « The language of art history » (1979) semble avoir été écrite sur mesure pour Philippe Bonnin qui, dans son livre « Katsura et ses jardins / un mythe de l’architecture japonaise », sur près de 230 pages, parvient à bassiner le lecteur sur tout ce qu’il a observé au palais impérial de Katsura à Kyoto. Il noie le tout dans un déferlement d’adjectifs, d’anecdotes et de citations visant à illustrer sa délicate sensibilité. Pourtant, cette balade ne dure pas plus qu’une heure.

Ce n’est que longtemps après que le lecteur désespéré a consulté Wikipédia pour apprendre quand et comment le palais fut construit que Philippe Bonnin esquisse l’histoire des jardins et des bâtiments. On y apprend enfin que ce beau domaine enchanté, inspiré de la poésie antique, était un lieu de repli : en effet, au début du 17e siècle, le Japon était en proie à une grande tension politique et à beaucoup de violence.

À la réouverture des frontières nippones au 19e siècle, le domaine, témoin du Japon ancestral, est élevé au rang de mythe. Quant aux architectes européens et japonais du 20e siècle, ils le qualifieront – pour des raisons totalement différentes – de précurseur de l’architecture « moderne ».

Et ici aussi, Bonnin est le Monsieur-je-sais-tout de service prenant pour tête-de-Turc Bruno Taut  qui, dans les années 1930, alors qu’il fuyait les nazis, avait consacré une publication au domaine. Ce dernier était sans doute allé un peu vite en assimilant le palais à l’architecture moderne. Mais Bonnin se prend lui-même les pieds dans le tapis avec sa tirade contre ces imbéciles de modernistes qui, contrairement à sa modeste personne dans tout son raffinement, ne comprenaient rien à la culture du pays du soleil levant. Il affirme de but en blanc que Taut enseignait à l’école Bauhaus. Une ineptie totale ! Qui sape instantanément ses propos… et c’est là que j’ai définitivement refermé le livre !

Katsura et ses jardins / un mythe de l’architecture japonaise, Philippe Bonnin, Arléa, Paris, 2019. 352 pages avec 76 illustrations en couleur. ISBN : 9782363081872-. Prix conseillé 25 €.

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