Publié le 24.01.2023 | Texte: Raymond Balau

La tour érigée par Léon Stynen & Paul De Meyer à Linkeroever a passé le demi-siècle. Alors qu’à Namur on veut démolir un C&A dessiné par eux à la même époque, il faut rappeler que 2023 correspond au centenaire de Vers une architecture. L’ouvrage des éditions ARTHA — dédié à Christian Kieckens — est un modèle du genre, sans esbrouffe graphique, sans fétichisme, sans concessions à l’empire du beau livre. Ce qui signifie : scientifique, clair, attrayant. Le décryptage des sources, sur lequel insiste en préface Sofie De Caigny, croisé avec les essais photographiques de Filip Dujardin et Jean-Pierre Gabriel, permet d’accéder à une éthique moderne du bâtir.

Si Napoléon 1er rêvait d’une « Ville Marie-Louise » à cet endroit, la modification d’une limite provinciale en 1923 a propulsé Linkeroever dans le XXe siècle. Après une proposition de Van de Velde en 1926 et divers projets de ponts — dont un par Stynen en 1929 —, l’urbanisation a démarré avec la construction de deux tunnels. Le concours lancé par l’IMALSO en 1932-33, Stynen y a pris part, en était le pivot. Les participations oscillaient entre radicalité plus ou moins visionnaire et pragmatisme plus ou moins éclairé. Le projet de l’équipe Le Corbusier – Jeanneret – Hoste – Loquet est entré dans l’histoire ; ils étaient associés à Paul Otlet, rêveur aussi, qui voyait Linkeroever en Cité mondiale ! Paul De Heem et Émile Van Averbeke ont conçu les grands tracés en 1936. Une urbanisation influencée par les CIAM a pris son essor après 1945.

Entre Le Corbusierlaan et l’emplacement virtuel du Musée mondial, trois tours se sont concrétisées : la Panorama Tower et la Habitim Tower également de ± 70 mètres de haut. La Riverside Tower (ex-C.B.S. Tower) atteste d’un raidissement — brutaliste ? — du dogme corbuséen de la « Cité radieuse », pour un habitat de standing avec construction haut de gamme, bénéficiant d’un horizon liant la ville, le fleuve, le port, et désormais l’Oosterweel. Superbe alternative à la façade-rideau, le béton armé monumental du pilotis et des éléments préfabriqués des 81 appartements standards amènent en point d’orgue le toit-jardin et son appartement d’exception (niveaux 21 et 22) dessinés et habités par Paul De Meyer !

Les photographies de Filip Dujardin, par leur dépouillement et d’habiles corrections optiques de type tilt-shift, magnifient l’empreinte du géométral et donc des intentions initiales dans les vues plus ou moins frontales. Cette idéalisation les rend iconiques. Elles décryptent sur 62 pages cette œuvre trop peu connue de Stynen & De Meyer, en particulier l’intime complexion des structures et des textures des lieux (ce qu’ils abritent et où). Un apport essentiel à la connaissance de l’œuvre bâti d’architectes associés depuis 1946. Ce penthouse hors du commun ayant changé de propriétaire, réaménagé par Glenn Sestig Architects, le jardin restauré par Wirtz International Landscape Architects, fait l’objet de l’essai photographique de Jean-Pierre Gabriel, qui montre tout autre chose : une ambiante respectueuse des lieux… un rien maniériste..

Le texte limpide de Marc Dubois se réfère aux œuvres principales de Léon Stynen seul, avec Paul De Meyer à partir de 1946, ce qui permet d’appréhender leur démarche commune en observant que si les chefs-d’œuvre du premier sont ses habitations personnelles, à Antwerpen et au Lago di Garda, « De Meyer montre avec son appartement sur le toit qu’il était plus que le bras droit de son ancien professeur et associé Stynen. » Champ : le site, l’urbanisme, le logement. Contrechamp : la baie, la vue, le skyline. « L’architecture, c’est émouvoir. » (L.C.)

Artha – art & heritage books, Gent
www.arthabooks.be
Hardcover
192 pp. | 200 ill.
230 x 305 mm
Nederlands en Engels
ISBN 9789464368086
€ 34

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