Publié le 11.02.2021 | Texte: Pieter T’Jonck

La ville de Paris, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est en grande partie le fruit du vaste plan d’assainissement et de rénovation lancé en 1853 par le préfet Georges-Eugène Haussmann et qui – malgré le grand crash boursier et immobilier de 1873 – allait se poursuivre jusqu’en 1914. Rien que sous son mandat, cette opération de rénovation de près de 60% du réseau routier et du patrimoine immobilier allait coûter l’équivalent de quelque 25 milliards d’euros de nos jours. Cela allait générer à l’époque la plus grande opération spéculative jamais vue en France.

Ce que l’on sait moins, c’est que ce travail de titan a été préparé par Claude-Philibert Barthelot, le comte de Rambuteau et Jean-Jacques Berger. Le mythe créé autour du nom de Haussman allait reléguer dans l’ombre le travail de nombreux autres. C’est notamment dû au fait que Paris, à cette époque, s’est vue doter d’un visage très remarquable. Les non-Européens peuvent trouver cette image très romantique, mais il s’agit en réalité d’une forme d’urbanisme rationnelle et contraignante, avec une densité très élevée.

Pourtant, elle semble aujourd’hui encore et toujours viable, voire convoitée (même si le logement moyen à Paris est très exigu si on le compare aux normes belges). Haussmann et son équipe furent en effet particulièrement visionnaires. Les règles de construction prévoyaient un certain surdimensionnement, tant au niveau des voiries que des immeubles. Pour ces derniers, le rationalisme structurel et l’usage mixte étaient une priorité. 150 ans plus tard, les rues et les immeubles dont Haussmann a dicté la typologie semblent toujours à la fois fonctionnels et attrayants.

En 2017, le Pavillon de l’Arsenal à Paris a lancé une étude sur la pertinence de ce modèle urbain pour aujourd’hui. L’ouvrage ne documente pas l’histoire du réaménagement de Paris, mais en étudie les résultats. De manière presque obsessionnelle, Benoît Jallon, Umberto Napolitano et Franck Boutté ont entrepris de cartographier les caractéristiques physiques d’un Paris qui, entre 1852 et 1914, allait prendre la forme qu’on lui connaît encore aujourd’hui.

Mais ce n’est pas tout : ils ont également comparé toute les caractéristiques – de la distance par rapport au premier carrefour ou à la première bouche de métro jusqu’à la typologie des magasins, bureaux et habitations – par rapport aux données similaires d’autres grandes villes. Pour constater avec fierté que Paris soutient souvent particulièrement bien la comparaison. Autrement dit : le modèle de ville haussmannienne se rapproche très fort de la ville idéale.

Si je ne suis pas convaincu que les Parisiens à la recherche d’un logement décent et abordable adhèrent totalement à ce constat – Georges Perec avait déjà émis quelques réserves à ce sujet –, cette étude n’en reste pas moins fascinante et inspirante. Elle propose une avalanche de données. Il s’agit avant tout de plans et de gabarits des habitations et des boulevards, mais aussi de détails relatifs à l’habillage des rues et des immeubles. Le livre donne par ailleurs un aperçu des types d’îlots, des types d’unités d’habitation, etc. Et chaque fois en les comparant aux données provenant d’autres grandes villes.

Bref : un ouvrage dans lequel on pourra se plonger pendant des heures voire des journées entières pour comprendre ce qui rend la Ville-Lumière si attrayante. Parce que, quoi qu’on en pense, c’est incontestable. L’ouvrage vient d’être réédité en édition de luxe à couverture rigide. Un véritable must pour tous les passionnés d’urbanisme et d’architecture.

« Paris Haussmann – Édition 2020 », Benoît Jallon, Umberto Napolitano & Franck Boutté. Pavillon de l’Arsenal, Paris / Distribution Internationale Park Books, Zürich, CH. ISBN 978-3-03860-219-4. Couverture cartonnée, 264 p., 48 €.

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