Publié le 05.11.2021 | Texte: Pieter T’Jonck

Au début de la crise corona, pendant un bref moment, on a cru qu’on était arrivé au terme de l’hégémonie de la voiture… mais depuis, sur les routes, les embouteillages ont retrouvé leur longueur d’antan. Ce n’est pas vraiment étonnant quand on constate à quel point la voiture est profondément ancrée dans la structure physique et urbanistique de notre monde ainsi que dans son organisation sociopolitique. Un « Post-car world » est-il dès lors imaginable ? Dans « Post-car world / Futurs de la ville-territoire », un groupe d’architectes et de sociologues se demande à quoi ce monde pourrait ressembler, en s’appuyant sur une étude de la nébuleuse sortie de terre entre Genève et Lausanne, en Suisse.

Ce n’est que récemment qu’une grande partie de la population a pris conscience que les voitures – surtout à moteur essence ou diesel – constituent un problème en raison des particules nocives qu’elles rejettent et de l’espace qu’elles occupent. Cela ne signifie toutefois pas forcément qu’il faille totalement abandonner la voiture et passer aux transports publics. Un changement radical des mentalités s’impose. Au-delà de savoir comment basculer techniquement vers un monde sans voiture, la question est avant tout de savoir comment changer de paradigme.

Dans l’introduction de l’ouvrage, Elena Cogato Lanza explique en détail l’approche adoptée par l’équipe. Le choix s’est porté sur la méthode des future studies, qui combine des données en provenance de différents domaines scientifiques pour explorer les scénarios possibles pour l’avenir. L’auteure souligne en particulier un fait assez remarquable : depuis une décennie, de nombreuses villes font en sorte de bannir la voiture de leur centre, mais par ailleurs, on estime qu’il est impossible d’en faire autant en dehors du centre. En prenant pour exemple les villages entre Genève et Lausanne, au bord du Lac Léman, l’ouvrage s’interroge sur la raison de cette ambivalence.

Cette étude a fourni un grand nombre d’éléments qui sont également pertinents ailleurs qu’en Suisse, notamment sur ce que les gens pensent de la mobilité, de l’habitat et du travail. Dans ce contexte, les chercheurs sont parvenus à des conclusions et visions parfois paradoxales. Imaginons un instant que nous bannissions radicalement la voiture. Que ferait-on alors de toutes ces infrastructures – incroyablement nombreuses – devenues soudain inutiles ? Quid du chômage massif qui en résulterait ? Ce questionnement soulève de nombreuses réflexions intéressantes qui sont spatialement testées sur le terrain.

En clôture du livre, Luca Pattaroni propose une conclusion interpellante : pour éliminer la voiture, il faut intégralement repenser notre manière de vivre en société. Cela exige de remplacer les modes de vie et de travail standardisés nés au vingtième siècle par une organisation sociale très diversifiée. Certes, ce n’est pas inimaginable, mais la route est incontestablement encore longue… Et de surcroît, à parcourir à pied ou à vélo !

« Post-Car World / Futurs de la ville-territoire », Elena Cogato Lanza, Farzaneh Bahrami, Simon Berger et Luca Pattaroni (éd.), 224 p., Métis Presses Genève. ISBN: 978-2-94-0563-73-9. Prix conseillé : 35 CHf

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