Édito

Notre planète suffoque sous la chaleur. Incendies de forêt, rivières asséchées et pénuries d’eau extrêmes font que l’homme et la nature peinent à retrouver leur souffle, et ne laissent aucun doute sur l’urgence de la crise climatique. De plus, la flambée des prix de l’énergie met les citoyens, les entreprises et les économies nationales sous forte pression.

Depuis des années, le changement climatique et la nécessité de la transition énergétique font la une de la presse internationale. La Biennale internationale d’architecture de Rotterdam lui consacre cette année une édition entière avec It’s about time (p. 20). Le secteur de la construction est responsable de 40 % des émissions de CO2 en Europe. Les décisions liées à l’architecture, à l’urbanisme et aux techniques de construction déterminent donc 40 % des défis actuels. Cela signifie aussi que les architectes et urbanistes ont entre les mains les outils nécessaires pour réduire drastiquement ces émissions et sont donc les co-architectes de la société zéro carbone envisagée pour 2050.

Depuis des années, les architectes du monde entier construisent un environnement plus durable où la réduction de la consommation d’énergie et l’utilisation de matériaux écologiques sont bien intégrés. Aujourd’hui toutefois, l’acuité de la crise énergétique donne un formidable coup d’accélérateur à la transition. Quelles sont les conditions de ce nouveau paradigme si contraignant? Tout d’abord, il faut aller plus vite: la transition doit se faire maintenant. Deuxièmement, il faut un changement d’échelle radical. Oubliez les mesures isolées touchant le logement individuel : nous voulons nous attaquer à des quartiers, voire à une ville tout entière. Enfin, il faut relever le défi de regrouper le plus grand nombre possible d’aspects liés à la durabilité sous un dénominateur commun et les aborder avec une stratégie unifiée.

Les matériaux de construction sont l’un des ingrédients de base de la révolution énergétique, tant en termes de processus de production qu’en termes de propriétés écologiques. Idéalement, les matériaux sont produits localement avec peu d’énergie ou, mieux encore, ils ne sont plus produits du tout, mais réutilisés. Afin de donner à l’économie circulaire l’ampleur requise pour avoir un réel impact, Lionel Devlieger (p. 76) préconise de repenser complètement l’industrie de la construction. Les sources d’électricité renouvelables non fossiles telles que l’énergie solaire et éolienne, ainsi que les pompes à chaleur, constituent un autre ingrédient nécessaire tant en termes d’émissions de CO2 que dans notre ambition de devenir indépendant, notamment du gaz russe, et de stimuler l’économie européenne. Pourtant, la technologie n’est pas une fin en soi et n’est certes pas la seule réponse à la crise énergétique. Eef Boeckx énumère une série de solutions low-tech qui complètent la « technologisation » du discours sur l’énergie (p. 80).

Faire de chaque nouveau quartier un quartier climatique est un objectif ambitieux, mais réalisable. Le principal défi réside dans les rénovations à grande échelle et extensives au niveau des quartiers. Pour ce numéro, nous avons réuni cinq experts – Stijn De Roo, Roeland Dudal, Marie-France Lebbe, Theo Vaes et Bart Cobbaert – qui ont formulé une réponse basée sur leurs différentes expertises en matière de durabilité quant à la manière dont nous pouvons nous attaquer collectivement à ce problème (p. 48). Sachant que dans l’Union européenne, plus de 7 % de la population ne peut plus chauffer correctement son logement et que 40 % ne disposent pas des moyens nécessaires pour réaliser des travaux de rénovation énergétique, les enjeux de la transition énergétique ne sont pas seulement techniques ou architecturaux, mais avant tout sociaux. Pourtant, la résilience de la société est suffisamment importante pour voir la multitude d’opportunités que présente cette crise. Dans ce numéro, nous proposons des pistes qui ne se traduisent pas par un plan d’action contraignant, mais par une série de niveaux de liberté qui révèlent les opportunités de cette époque et ouvrent des perspectives sur un monde différent et plus propre.

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Sommaire

Édito Lisa De Visscher et Geert Palmers

Opinion
À quel point la transition énergétique est-elle payable ? Yves De Weerdt

À la Une
In Memoriam Lucien Kroll Dag Boutsen
AgwA Lisa De Visscher et Iwan Strauven
Archiweek Bruxelles Léone Drapeaud
Prefigurations Eline Dehullu
10th IABR: It’s About Time Eline Dehullu
CLEF-WB Lisa De Visscher

Architecture of Energy
Bogdan & Van Broeck, Bijgaardehof, Gand Pieter T’Jonck
BOB361, Huileries, Forest Tim Peeters
Changer la construction des logements sociaux Frederik Serroen
Table ronde : Pace, Scale, Scope Eline Dehullu
Karbon’ – Stekke+Fraas – Matthys Gobbo, Seucha, Profondsart Gilles Debrun
Hasa, École des vétérinaires, Anderlecht Chloë Raemdonck
Patrimoine immobilier et énergie Anne Malliet
Un pas en arrière : désindustrialiser le secteur de la construction Lionel Devlieger
Des pêches à Paris Eef Boeckx
B+, Zwartberg-Noord, Genk Gitte Van den Bergh
L’énergie solaire Geert Palmers
Le confort avant la chaleur Ruben Baetens
Innovation Geert Palmers

Product News
Viviane Eeman

Interview
Mos Lisa De Visscher

Étudiants
33,3% Re-Brussels Lisa De Visscher
Un port d’Anvers post-fossile Eline Dehullu
Îlot super-diversifié Eline Dehullu

Portrait
Karbon’ Lisa De Visscher
Plusoffice Eline Dehullu

Re-visited
Jean Moutschen Sébastien Charlier

 

A+ Symposium | Architecture of Energy

Le 29 septembre prochain, A+ organise un symposium sur la rénovation énergétique et durable à l’échelle d’un quartier en collaboration avec le commissaire invité Geert Palmers (3E).

A cette occasion, divers intervenants de renom, tels que Kristiaan Borret (BMA), Bart Cobbaert (Denc-Studio), Griet Verbeeck (UHasselt) et Els Vanden Bergh (PIXII) aborderont la question de la construction circulaire, des énergies renouvelables à petite et grande échelle et des quartiers qui n’ont plus recours à l’énergie fossile. Nous présenterons quatre cas de rénovation énergétique de quartiers à Gand, Bruxelles, Liège et Courtrai. Ensuite, trois tables rondes entre experts sont organisées autour du financement des reconversions énergétiques à grand échelle, des techniques et outils de la réhabilitation énergétique et de la préservation de la qualité architecturale lors des transformations énergétiques du patrimoine. Ce symposium est organisé dans le cadre du lancement du numéro A+297 Architecture of Energy, le numéro de septembre d’A+. Chaque participant en recevra un exemplaire.

Programme complet | Tickets

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