Édito

Lisa De Visscher - Rédactrice en chef

La brique est omniprésente. Au-delà de l’avoir dans le ventre ou ancrée dans l’identité de nos traditions de construction locales, elle est littéralement le matériau le plus utilisé tant pour les bâtiments que pour l’architecture de nos villes, églises ou lotissements – et ce, depuis le Moyen Âge. Depuis le 19e siècle, la révolution industrielle a accéléré sa production et son utilisation. Face à la croissance démographique et à la forte expansion des villes, il fallait de plus en plus de matériaux de construction. Par ses dimensions compactes, sa facilité de mise en œuvre, sa modularité et sa production locale, la brique se prêtait à merveille à cette explosion de la construction. Alors qu’au 19e siècle et au début du 20e, la brique véhiculait une image de savoir-faire et, grâce à des appareillages et des détails complexes, était le vecteur esthétique des styles de l’époque, dans la Belgique d’après-guerre, elle a soudain été reléguée à un rôle beaucoup plus fonctionnel. La production industrielle, l’avènement du béton, l’apparition du mur creux, l’expansion des lotissements et la multiplication des réglementations ont modifié la place de la brique, tant dans la construction que dans la culture.

Dans son essai, Lieven Nijs en dégage ce qu’il considère comme les deux « paradoxes de la brique ». Le premier concerne la fonction que la brique remplit dans les structures porteuses ou dans l’habillage d’un bâtiment. À une époque où l’épaisseur de l’isolation – et donc de la coulisse – augmente, ancrer la partie extérieure d’un mur creux en brique s’avère de plus en plus complexe. « L’image de l’architecture change, explique Lieven Nijs. Les briques empilées en façade, de plus en plus souvent remplacées par des matériaux minces et légers, sont reléguées au rang de revêtement. »

Ce qui nous amène d’emblée au deuxième paradoxe, à savoir le rôle de la brique dans le cadre du développement durable. En effet, chacun sait désormais que la production de brique est très énergivore en raison des températures de cuisson élevées. Les fabricants cherchent des solutions écologiques, à savoir une brique plus mince, plus légère, nécessitant moins de matières premières et d’énergie, et respectant de surcroît des critères d’allègement de l’habillage des façades. D’une pierre deux coups ! Il s’avère toutefois qu’au sein d’une économie circulaire, ces briques allégées sont nettement moins réutilisables que leur ancêtre.

L’atout majeur de la brique réside souvent dans une production locale combinée à une mise en œuvre simple. Pour les projets développés dans un contexte socio-économique complexe, cet élément est déterminant. Le Friendship Hospital Satkhira récemment construit en brique locale au Bengladesh par Kashef Chowdhury/URBANA, qui a récemment remporté le RIBA International Prize 2021, ou encore le travail de l’architecte indien Anupama Kundoo – invité par A+ à la mi-mars 2022 pour une conférence à Bozar –, en sont de beaux exemples. C’est également la colonne vertébrale du projet de nouvelle école à Rwamishiba au Rwanda, par le bureau belge EDA-AU en collaboration avec des artisans locaux, récompensé de plusieurs prix, dont le Grand Prix d’Architecture de Wallonie 2021.

Dans ce numéro, nous présentons le paradigme où se trouve aujourd’hui de la culture de la brique. Au-delà de porter un regard rétrospectif sur les qualités authentiques de la brique en matière de durabilité et de langage esthétique lié à son infini potentiel de création de détails, d’ornementation et de composition, ce paradigme nous propose également d’aller au-delà de la brique que nous connaissons aujourd’hui. Entre-temps, les alternatives à la brique classique se multiplient, qu’il s’agisse de terre crue compressée, de briques fabriquées à partir d’anciens équipements sanitaires recyclés, ou de la réutilisation de vieilles briques à l’échelle industrielle.

La fédération belge de la brique, elle aussi, a réagi sur ce point : « Aujourd’hui plus que jamais, les matériaux en céramique font l’objet de nombreuses innovations. Nous assistons à une redéfinition des matériaux et des systèmes de construction dans le but d’amener le secteur belge de la brique vers encore plus de durabilité et de circularité. » Et par ce numéro, A+ apporte également sa petite brique à l’édifice.

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Sommaire

Édito Lisa De Visscher
Opinion [pour] Leo Van Broeck
Opinion [contre] Michael Bianchi

À la une
40 ans de culture du concours Louis De Mey
Lode Janssens – A Balloon Home Benoît Vandevoort
La surface vivante Pieter T’Jonck
Meta – van Bergen Kolpa, Agrotopia, Roulers Pieter T’Jonck
 Felt, Villa Kameleon, Zoersel Lisa De Visscher

Back to Brick
Sergison Bates – Bovenbouw – Bulk , Cadix, Anvers Christophe Van Gerrewey
Pierre Blondel, Archiducs, Watermael-Boitsfort Lisa De Visscher
noA, le Steen, Anvers Pieter T’Jonck
Beyond Brick : développements innovants et alternatives en briques
Label, Ursulines, Malines Guillaume Vanneste
ECTV, Académie de dessin et centre de jeunesse, Lo-Reninge Hera Van Sande
Brique : bloc de construction des paradoxes Lieven Nijs
EDA-AU, École Zaza, Rwamishiba (Rwanda) Cécile Vandernoot
Carton123, Korbeek Winners, Louvain Edith Wouters
Gafpa, Campus sportif, Lange Munte, Courtrai Eline Dehullu

Interview
David Sebastian Eline Dehullu et Lisa De Visscher

Concours
Moulin Williame, Lessines Stephane Damsin

Product News
Viviane Eeman

Etudiant
UGent : Brick Wall City Véronique Patteeuw
La Cambre Horta – ULB : La stabilisation de la terre crue Véronique Patteeuw
KU Leuven : Atelier de briques Véronique Patteeuw

Bureau
Raamwerk Eline Dehullu

Re-visited

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