Édito

Lisa De Visscher - Redactrice-en-chef

Confinement. Couvre-feu. Rassemblements interdits. Cercles de craie. Bulles.

Depuis le début de la crise du coronavirus, l’espace public a été fortement mis sous pression. Soudain, il s’est vu privé de son caractère public intrinsèque : l’évidence de son accessibilité et de son appropriation, tout le temps, partout et par tous. Le télétravail obligatoire, l’interdiction de voyager, la fermeture des établissements Horeca et la fièvre de randonnées qui en a résulté ont une fois de plus souligné à quel point l’habitat, le travail, les loisirs – bref, la vie – ne peuvent exister que par la grâce d’un espace public de qualité.

Mais nous le savions évidemment depuis longtemps et n’avions pas besoin d’une pandémie pour nous le rappeler. Plusieurs villes travaillent déjà depuis plusieurs années à créer des lieux qui définissent l’image de leur centre: les parkings disparaissent et deviennent des parcs et des places, des cours d’eau voûtés sont remis à ciel ouvert, et des quais aveugles deviennent d’agréables lieux où s’asseoir au bord de l’eau. Ce qui est frappant, c’est que les projets réalisés aujourd’hui témoignent chacun d’ambitions spatiales, sociales et écologiques très développées et portent une vision d’avenir intégrée de l’espace public. En d’autres termes : une jolie place ou un parc agréable ne suffisent plus. En 2021, l’espace public est inclusif, actif du point de vue du climat et donne la priorité aux usagers de la mobilité douce.

C’est ainsi qu’avec le parc Belle-Vue, au-delà de retrouver un panorama imprenable sur la ville, Louvain se voit dotée d’un nouveau poumon vert qui redessine la mobilité et constitue un carrefour important du réseau de voies cyclables et pédestres. Pour la Grand-Place de Saint-Nicolas, les concepteurs ont misé sur une végétalisation radicale visant non seulement à contrer l’effet d’ilot de chaleur, mais aussi à faire en sorte que la voiture ne soit plus qu’une invitée sur une place redéfinie en lieu de rencontre pour les habitants. Avec le parc Pannenhuis, Bruxelles retrouve – enfin ! – une plaine de jeux digne de ce nom pour les jeunes et, au-delà d’une végétation sauvage, crée également une liaison cyclable et pédestre entre deux parties de la ville. À Saint-Hubert, un parking a été retransformé en place centrale propice à la rencontre – une indispensable intervention qui manque encore dans de nombreux villages.

Les projets qui se trouvent toujours sur la table à dessin montrent encore plus le changement d’approche de l’espace public. C’est par exemple le cas de la dune aménagée pour faire office de digue à Westende – un modèle de pensée systémique où une dune douce, protégeant de l’eau, remplace une haute digue en créant de l’espace pour les promeneurs, la faune et la flore. Citons aussi les Tuinen van Stene (jardins des pierres) à Ostende, premier parc agricole urbain de Belgique qui, avec son jardin bio d’incroyables comestibles, son paysage de prairies inondables, ses champs et sa plateforme alimentaire, constitue une nouvelle typologie pour l’espace public. Une vision d’avenir pleine d’espoir, donc – la promenade post-corona n’en sera qu’encore plus belle. Pourtant, ces projets ne constituent qu’une fraction de l’espace public total. Ils sont la fameuse cerise sur le gâteau. Mais qu’en est-il du gâteau lui-même, à savoir les rues tout à fait banales qui composent plus de la moitié du domaine public ? L’équipe du Brussels Bouwmeester Maître Architecte leur a consacré un livret avec une dizaine de conseils pour bien concevoir une simple rue. C’est un plaidoyer pragmatique pour des rues vertes, partagées, qui ralentissent les voitures, plus accessibles et plus faciles à traverser. Cela montre à nouveau à quel point l’espace public et la mobilité sont imbriqués. La rue est aujourd’hui le théâtre d’une lutte entre les voitures, les vélos et les piétons, et son concepteur – les pouvoirs publics – est le seul qui soit en mesure d’arbitrer ce combat au bénéfice de ses utilisateurs les plus durables, et donc les plus importants : les usagers de la mobilité douce. C’est de cela que traite Domesticating public space : comment l’espace public peut agir comme moteur pour rendre une ville habitable et veiller à ce qu’elle le reste !

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Sommaire

Edito Lisa De Visscher
Opinie Gideon Boie

Actua
Expo Across Lara Molino
Urban Summer Brussels Anne-Laure Iger
In Memoriam Constantin Brodzki Maurizio Cohen
Biennale d’architecture de Venise 2021 Véronique Patteeuw

Projects
Office, Crématorium, Ostende Christophe Van Gerrewey
Label, Porcheresse Mathias Bouet
Goffart Polomé – Reservoir A – Ney-Wow, Hangar à sel, Houffalize Pieter T’Jonck

Vogt – Van Belle & Medina, Droogdokkenpark, Anvers Bart Tritsmans
Van Belle & Medina, Traction Stations Brabo 2, Anvers Bart Tritsmans
Avant / Après
Service Espaces verts de la Ville de Gand, parc Capitaine Zeppos, Gand Chloë Raemdonck
Landinzicht, parc Pannenhuis, Bruxelles Guillaume Vanneste
OLM, parc Maximilien, Bruxelles Guillaume Vanneste
Reportage photo d’une randonnée à vélo à Bruxelles Michiel De Cleene
B612 – OLM, îlot Fontainas, Bruxelles Pauline Malras
H+N+S – Artgineering – ARA, parc Bellevue, Louvain Pieter T’Jonck
Pionniers de l’espace public Joeri De Bruyn
Artgineering – Lama – Sweco, Grand-Place, Saint-Nicolas Bart Tritsmans
Lama – Brut, parc urbain Schaliken, Herentals Edith Wouters
Suède 36, centre-ville, Saint-Hubert Carla Frick-Cloupet
Espaces publics à Liège François Schreuer

Maison communale d’Awans, Awans Gilles Debrun
Product news Viviane Eeman

Student
Young Talent Architecture Award 2020 Eline Dehullu
Euregional workshop Kaleidoscope Eline Dehullu

#011 Michiel De Cleene

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